La voix et l'image avec la photographe Laurine Matt 🇫🇷 🇬🇧

Dernière mise à jour : juin 21


© Photo : Autoportrait - Laurine Matt


L’image est ce miroir essentiel à nos mimiques, à nos reflets d’âmes et d’émotions, à nos apparences et apparats. Il est cette autre voix de nous-même, celle qui ne dit pas mais qui se voit ! Tantôt brutes, tantôt douces, sublimées, retouchées, crues, intenses, les photos sont notre quotidien de souvenirs, indispensables à la transmission de nos descendances et interrogent les humains que nous sommes. Laurine MATT est de ces rares photographes qui « shoot » au rythme de ses clics, pour clichés chic-choc-classe. Écoutons-là nous livrer son histoire, où la voix de « son Homme », Mathias HOLDER s’invite discrètement.


© Photo : @paulinaweddings - Modèles Laurine Matt & Mathias Holder


Virginie Servaes : Chère Laurine Matt, bonjour, je suis si heureuse de vous accueillir sur le Blog de la Voix du coaching. Il est plusieurs questions incontournables pour tous les invités du Blog, la toute première :

En ce joli mois de Mai et période toute particulière de sortie en douceur du 3ème confinement, que nous dit votre voix de vous ?


Laurine Matt : Tout d’abord Virginie, merci de m’accueillir sur La Voix du Coaching et de m’interviewer. Je suis touchée. Pour répondre à cette question, je dirais que certainement, ma voix correspond à la météo extérieure qui est complètement dans le mouvement, dans le changement, solaire, vent, ça bouge ! Il y a beaucoup de choses qui se passent, comme des tempêtes intérieures où les choses doivent sortir ! Je n’ai pas pour habitude de communiquer, l'oral ce n’est pas forcément ma force et pour autant cela vient à moi, comme aujourd’hui ! Comme quoi les choses doivent être partagées autrement et pas que visuellement. Donc là, le mois de Mai m’amène à la parole et c’est assez beau.


V : Votre parcours est juste atypique et incroyable, pourriez-vous nous le décrire en quelques mots ? Quelques phrases ?


L : En faisant court, car sinon cela prendrait des heures (sourire), mon parcours rassemble un brin de courage, de folie, de lâcher-prise, d’échecs aussi, de peurs, parce qu’il y en a eu suite à des choses particulières vécues en tant que femme ; et aussi se relever et s’élever !

Plus on laisse les échecs du début derrière nous et plus on évolue ! Et waouh, c’est tellement beau ce qui m’a été amené ensuite !

La découverte de qui je suis est liée à la photo. La photo, sur le corps, pour m’accepter comme je suis, avec tout ce qui a pu sortir de moi… me libérer de mes émotions ! Ça a été une telle expérience. Et maintenant, c’est moi qui libère les émotions des autres.


V : Afin que nos lecteurs comprennent bien, vous avez commencé par une carrière de modèle, ou autre chose ?


L : J’ai commencé par des études de marketing et en même temps j’ai été contacté pour faire des photos. Je ne pouvais pas, je travaillais en alternance dans le domaine du vin. Dès que j’ai eu fini mes études, je suis venue à Paris.

Paris a été très compliqué pour moi, j’ai vécu dans 15 m2, je ne connaissais personne…

Les agences de mannequins me disaient « non, non, non, vous n’avez pas le profil...», je n’avais pas de book, je n’avais rien comme bagage. Et pendant un an ça a été la galère !

Jusqu'à la rencontre avec un photographe qui m'a ouvert les premières portes et celles des voyages ! J’ai mieux marché à l’étranger qu’ici !


© Photo : Céline Russo - Portrait de Laurine Matt


Après 5-6 ans où j’ai posé en tant que modèle, New York a été une des villes qui m’a ouvert énormément d'opportunités. Et après, beaucoup de photographes pour lesquels j’ai posé, qu’ils soient américains ou français m’ont dit : « Mais pourquoi tu ne passes pas de l’autre côté de l'objectif ? ». Et moi, je ne comprenais pas et je me disais : « Qu’est-ce que je peux faire ? Je n'ai pas le style, je ne sais pas ! ». Et finalement, je me suis lancée en m'appuyant sur cette expérience, en effet, j'ai beaucoup appris en posant. Maintenant je suis photographe et je m’épanouie tellement !


V : Alors justement qu’est-ce qui a fait qu’à un moment donné il y ait eu ce switch ? Car au-delà des photographes qui vous ont encouragé, aviez-vous, vous aussi, cette envie d’être à la fois dans l’ombre et la lumière ?


L : Oui, j’ai eu ce déclic parce qu’ils me l’ont dit, ils croyaient en moi et moi non. Mais en fait, lorsque j’ai eu l’appareil dans les mains, wow ! J’ai trouvé mon style et je me suis beaucoup plus libérée. Parce qu’au début, je recopiais le style d’autres personnes, ce qui m'a figé dans un schéma ! Puis il y eut un moment où je me suis mise dans une énergie, j’ai eu le besoin de libérer, de lâcher quelque chose qui était en moi ! Donc de capturer qui étaient les gens, j’étais dans une autre démarche où j’interrogeais les personnes, ce qui a donné mon style !

La photo, l’art en général m’ont toujours passionné. Je m’exprime comme ça ! J’ai fait de la peinture petite, c’était le moyen d’expression pour moi.

Et maintenant, faire de la photo et amener aux autres ce que moi j’ai vécu me parait essentiel et normal.


© Photo : Mathias Holder - Laurine Matt "Action shooting"


V : Comment définissez-vous votre style aujourd’hui ? Qui êtes-vous en tant qu’artiste-photographe Laurine ?


L : C’est simple et compliqué comme question…

La première des choses pour moi est de capter la lumière, le naturel, de capter qui est l’autre, de capturer vraiment l’âme, et par rapport à cela, mon style se créé sur les tons que je vais mettre entre ombre et lumière. Des tons foncés, qui peuvent sembler un peu durs mais qui font ressortir qui est la personne, son regard, son mouvement. Quand je photographie, j’ai envie de capturer tout ça. Je n’ai pas envie de prendre en photo que des gens modèles, au contraire. Je veux des personnes authentiques, des âmes... Je veux de la vie ! Je photographie parfois des couples, des artistes, des hommes, quels qu’ils soient... Il est important d’apprendre à se connaître, à les connaître et de comprendre leur démarche.


V : Vous avez l’air d’être une photographe, permettez-moi, extrêmement libre, comme si vous vous affranchissiez des codes, un peu rock 'n' roll en même temps. Comme si, ce que vous alliez chercher chez les autres était aussi votre petit brin de folie mais dans le bon sens.

On sent dans votre travail que votre souhait est que la personne ose être elle-même totalement et dans sa plus grande liberté. Est-ce que vous le mesurez ?


L : Ah mais c’est beau, j’adore la folie ! Le rock 'n' roll me parle. Effectivement, j’ai pris du temps pour aller vers cette libération moi-même et j’essaye à ma manière de faire en sorte que l’autre se libère. Je pense que c’est essentiel. Si on me propose un projet fou, j’y vais tout de suite. Par exemple, si une personne veut poser nue, je prends tout de suite, je n’ai pas de limite, pas de jugement avec ça.


© Photo : Céline Russo - Modèle Laurine Matt


V : Vous disiez en introduction que vous avez traversé des phases de hauts, de bas, bien évidemment vous me direz le chemin de tout à chacun. Pourtant on ressent que cela n’a pas été simple pour vous. Justement, est-ce que dans votre entourage, l’acceptation de vos métiers, que vous soyez modèle ou photographe a été bien accueillie ? Avez-vous été soutenue par les autres ?


L : Les hauts et les bas je les ai vécus seule, ça a été même essentiel car j’ai eu ma période très compliquée dans le mannequinat au moment où je suis arrivée à Paris, comme je vous le disais. Les circonstances et le milieu de la mode étaient très durs, le diktat de la femme objet régnait. Les comportements déplacés de certains photographes, entre autres choses étaient très présents également. Je suis revenue après cette phase à la maison et personne n’était conscient de ce que j’avais pu traverser. Mes parents ne comprenaient pas ce que je faisais.


C’est au moment où j’ai posé nue que cela les a interrogé. Par exemple, ma mère se demandait « Qu’est-ce qu’on a pu faire… ? ». En même temps, j’avais 20 ans à cette époque et je comprends. Malgré tout, c’est mon père qui a mieux accueilli la nouvelle et c’est grâce à lui que ma mère a accepté que je fasse ce type de photos. Ma mère a compris le jour où ils ont été invités à une expo et où un